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La diversité ethnique est-elle un frein pour l’unité nationale ou son principal atout?

13237795_1099634700097864_853198926111327394_nEn me posant cette question tous les jours et d’après les recherches que j’ai faites, je réalise que la diversité ethnique en Afrique en général et au Tchad en particulier constitue un frein pour l’unité nationale et compromet dangereusement au développement.

Entendons par frein ici, un obstacle, ce qui m’empêche d’évoluer et d’exprimer véritablement ma liberté existentielle et ma personnalité.’’

Philosophiquement parlant, l’éthnie est entendue comme une communauté d’hommes partageant une même langue et une même culture. La nation quant à elle est un groupement de peuples, d’éthnies, vivant dans un même espace, et partageant une histoire commune. Dans certains continents tels que l’Afrique, l’ethnie est considérée comme l’élément primordial du choix politique et du rapport que l’homme entretient avec les autres. Or, une telle conception, bien qu’enrichissante, comporte souvent des dangers imprévisibles; ceux liés à la destruction de l’harmonie sociale. Le problème serait donc de voir ce que le sentiment éthnique apporte à l’unité nationale. Ceci dit, l’éthnie qui fait la richesse culturelle d’une nation, ne peut-elle pas la détruire?

L’ethnocentrisme c’est á dire le fait de croire que son ethnie est au centre de toutes les autres, sinon leur condition de possibilité. Les autres ne vivent que parce que je vis ; ma langue et ma culture d’appartenance sont meilleures que celles des autres. Mon ethnie étant supérieure à toutes les autres, alors je n’ai pas besoin d’elles; tout comme elles ne sont pas mieux placées pour me dire ce que je suis, et ce que je devrais faire. De ce sentiment naît un sentiment plus dangereux encore. Lequel?

Le tribalisme c’est le fait de penser que son éthnie est au centre de toutes les autres, les autres éthnies ne sont lá que de manière accidentelle. Par conséquent, je suis le seul habilité à parler au nom de mon éthnie. Et si je pense que le tribalisme est plus dangereux, c’est parce qu’il encourage l’esprit de division au sein d’une même communauté, d’une même ethnie. Le tribalisme devient pour ce fait, l’affirmation, sinon, la surestimation de soi dans le mépris des autres. Un sentiment qui, le plus souvent est source du manque d’objectivité dans une nation. Comment expliquer ces deux vices en terme claire au Tchad?

Au Tchad, on constate un manque d’objectivité sur le fondement éthnique et cela constitue un danger intellectuel et politique. Ce manque d’objectivité n’est que la conséquence logique des deux vices précités à savoir l’ethnocentrisme et le tribalisme. Le manquer d’objectivité c’est refuser de donner à un individu ce qu’il mérite. C’est encourager la médiocrité, favoriser la parenté dans tout acte de gratification. Un acte qui peut constituer un danger intellectuel et politique.

Dans le premier cas, quand il s’agit d’évaluer par exemple les élèves et les étudiants, l’enseignant ou le professeur fait cette évaluation sur la base d’appartenance éthnique. Au lieu de vérifier les connaissances acquises par l’apprenant; c’est-à-dire vérifier sa capacité à utiliser éfficacement des connaissances et lui donner une note qui reflète ses compétences, l’enseignant tribaliste donne une note qui ne reflète pas le niveau réel de l’ élève mais plutôt l’image de son éthnie. En considérant son ethnie comme supérieure aux autres, on a tendance à favoriser la parenté, la consanguinité, ou l’appartenance éthnique au détriment des autres. C’est donc l’ethnie qui détermine les notes qu’on donne aux élèves et non la science. Conséquence: en encourageant la médiocrité, on décourage la compétence. Delà, au fil du temps la nation se retrouvera avec une jeunesse diplômée mais mal formée; une jeunesse invisible, incompétente, inopérante, parce que incapable de répondre éfficacement aux préoccupations de son temps. Une jeunesse faite de têtes sans âmes, de têtes sans idées; idées innovantes, capables de booster le développement de la nation.

Le deuxième cas porte sur le choix des administrateurs de l’Etat, et des leaders politiques. En privilégiant le tribalisme et l’ethnocentrisme les nominations se feront sur la base de la parenté et de la consanguinité. Delà on se retrouve avec des ministères éthniques et claniques. Ceux qui font la promotion de l’appartenance, au détriment de la compétence et de l’éfficacité dans l’action. C’est ce sentiment d’appartenance qui se prolonge dans le choix des leaders politiques (pendant les élections). En affirmant que mon ethnie est supérieure à toutes les autres, alors j’aurais tendance à croire que personne d’autre n’est mieux placé pour gouverner la cité, si ce n’est une personnalité de mon clan, de ma tribu, ou de mon ethnie. C’est ce qui explique le vote ethnique en Afrique. Car, pendant le scrutin, le projet de société d’un candidat importe peu; ce qui compte c’est que mon ethnie soit prévalue, même si le projet d’action de mon leader ne répond pas éfficacement aux préoccupations du moment. Manifestement, on voit bien combien de fois le tribalisme, et l’ethnocentrisme encourage le manque d’objectivité en politique, puisque mon vote vise deux choses: soit je vote mon leader pour que mon ethnie reste au pouvoir le plus longtemps possible, soit je le fais pour que mon ethnie longtemps marginalisée, accède aussi au pouvoir. Or, un citoyen objectif est celui qui vote le meilleur projet de société et non la parenté. Si tel est le cas, alors quel sera l’avenir de la nation?

La nation suppose donc un rapport de convivialité entre plusieurs groupements éthniques. La nation exprime l’harmonie non seulement avec soi-même, mais aussi avec les autres. Ce qui n’est pas toujours le cas lorsque chaque groupement éthnique se croit supérieur aux autres. Car, la surestimation de ma culture d’appartenance, conduit inéluctablement au sentiment de rejet, de mépris, et de marginalisation. Et lorsque je me sens marginalisé, je développe par là même des sentiments plus dangereux encore: la jalousie, la haine, l’indifférence, la ruse, etc. en gros le tribalisme occasionne la dislocation du tissu social, et parfois des guerres civiles; Ce qui par voie de conséquence ralentit l’unité nationale. Alors que faire? Comment concilier diversité éthnique et nation harmonieuse?

Deux valeurs essentielles: le respect réciproque et l’amitié peuvent consolider l’unité d’une nation.

Le respect d’autrui: respecter l’autre c’est le considérer comme une valeur primordiale, celle qu’on ne peut ni acheter ni vendre. Mais pourquoi respecter l’autre? C’est parce qu’il n’est pas un objet, mais une personne; c’est-à-dire un être fondamentalement libre et digne. Et c’est cette dignité qui fait qu’on lui doive du respect. Mais ce respect n’a de sens que s’il est fait par devoir moral. Agir par devoir, c’est choisir de faire le bien aux autres, non pas parce qu’on nous l’impose, mais parce que notre raison nous le dit. Le respect de l’autre doit venir du cœur. C’est même pour cette raison que Kant nous exhorte à « ne jamais considérer l’autre comme un moyen mais comme une fin » à réaliser.

L’amour du prochain: aimer son prochain c’est lui donner tout ce qui compte le plus à nos yeux. L’amour du prochain ne se fonde donc ni sur l’hypocrisie, ni sur l’amour propre (l’égoïsme, c’est-à-dire ne penser qu’à soi-même, chercher à gagner plus au détriment des autres) mais sur des valeurs morales authentiques, celles qui excluent l’intérêt futile et la ruse. C’est dans ce sens qu’Aristote fait de l’amitié, le véritable fondement de l’harmonie sociale.

En réalité, ce n’est pas la « pluralité éthnique » en soi qui fait vraiment obstacle à la cohésion nationale et à une gestion étatique éfficace de la société, mais l’instrumentalisation qu’en fait la classe politique. C’est ce qu’il faut empêcher, pour que cette diversité devienne un atout, une chance et non plus une malédiction sociale.

Il faut pour cela changer l’organisation administrative du pays, en faisant le pari d’une décentralisation avancée et d’une démocratie locale intégrale, dans le cadre d’un Etat unitaire, et de sorte que l’«éthnie» ne soit plus un instrument de conquête et de confiscation du pouvoir. Une réflexion approfondie s’impose donc pour donner de la substance à telle réforme. Des occasions de débat sont souhaitables pour susciter l’imagination nécessaire.

Tychique Ndiladoum
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