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La division du Tchad : si loin, si proche

La division du Tchad en deux Etats ; sujet très sensible au même titre que parler de la religion dans ce pays où presque tout le monde est croyant mais peut-on avoir foi en l’avenir ? Doit-on éviter d’en parler au nom de la sensibilité ou faut-il, courageusement, accepter de mener le débat, qui de toutes les façons, finira par nous rattraper ? Non, je ne fuirai pas le débat. Disons-nous la vérité : en clair, les nordistes et les sudistes ne s’aiment pas. Beaucoup se haïssent. Nous faisons semblant d’être unis alors que nous ne le sommes pas. Et rien ne présage cette unité. Lorsqu’on se rencontre on se désigne sous le vocable hypocrite « frères ». Ces mots ne proviennent que des lèvres. Ils sont creux. Dans certains quartiers de N’Djamena, le melting pot est quasi inexistant. On a entretenu la division jusqu’au cimetière : cimetière musulman et celui chrétien sont distincts. Curieusement, on nous dit tous les jours que « le Tchad est un et indivisible » ! et pourtant ! le torchon, abusivement, appelé Constitution de la fameuse 4e République a jeté les jalons de la division avec en toile de fond l’intention d’un début d’islamisation du pays.
La haine grandit tous les jours. Le Nordiste n’hésite pas à insulter le Sudiste Kirdi, Kafr, abit, buveurs d’alcool (quand bien même que le sudiste n’est plus le détenteur de trophée en matière d’alcool ou de la consommation de la viande de cochon). Les sobriquets ‘’nordiste, sudiste ; kirdi, doum, sara…’’ désignent en eux même un malaise très profond et renferment les germes de la division. La haine gagne le cœur des enfants. Ces cœurs renferment tout sauf l’amour du prochain. Cela est visible dans leur mode de vie et des faits anodins dans le milieu estudiantin. En effet, il est extrêmement rare de voir des étudiants nordistes et sudiste vivres ensemble sous le même toit. Sudistes entre eux et idem pour les nordistes. Chaque groupe défend son camp. La bataille pour la gestion de l’association des étudiants tchadiens au Burkina Faso en dit long : chaque camp mobilise ses ‘’parents’’. On glisse le bulletin de vote dans l’urne depuis la maison, selon qu’on soit « Mahamat ou Ngar », avant d’effectuer le déplacement sur le site, juste pour accomplir la banale formalité.
L’existence des quartiers dits Sara ou kirdi, chrétiens et Doum ou musulmans, à N’Djamena sont la matérialisation de la division des enfants de ce pays. Rendez-vous tout simplement à N’Djamena pour en avoir la confirmation. Qu’on le veuille ou pas, il y a assez d’inégalité et d’injustice qui portent atteinte à la cohésion sociale. Le vivre ensemble a pris un sérieux coup, fatal. On se méfie l’un de l’autre avec des préjugés dont on a du mal à s’en défaire. C’est aussi, je crois, la matérialisation de l’éducation que nous avons reçue.
Nos ainés qui ont prôné la fédération, comme forme de l’Etat ont été mal compris. L’opposant charismatique, Ngarledjy Yorongar a prêché cette « bonne nouvelle » durant toute sa vie politique mais semble incompris. Le martyr Ketté Moïse lui a emboité les pas en tranchant net : « la fédération ou la mort ». Aux yeux de certains compatriotes, surtout ceux du Nord, ces deux leaders sont des sécessionnistes cherchant la division du pays. La fédération était donc le moindre mal car aujourd’hui, les adeptes de la scission du pays pullulent et les germes sont déjà lancés.
En effet, lorsque les chantres de la 4e République imposent des lois dont le seul but est l’exclusion du Sudiste puisque ce dernier n’acceptera pas de jurer au nom de Allah (ceux qui ont encore en eux la dignité et l’honneur) … Le torchon, abusivement appelé Constitution de la 4e République vient corroborer la thèse de la division et si rien n’est fait la « soudanisation » du Tchad sera une réalité, très bientôt. Quand les bourses sont octroyées qu’à une catégorie des étudiants au nom de la loi informelle 1 sudiste sur 10 nordistes… quand on organise souvent certains concours les dimanches dans le seul but d’exclure une partie des candidats… quand le Sud où proviennent presque 90% des richesses est délaissé, la scission s’avère être l’unique alternative. L’exemple de Doba est ahurissant : ville productrice de pétrole, Doba est classée avant dernière du Tchad en matière de développement. Pathétique.

Masbé NDENGAR

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