Actualité

IVème République: La rigueur est-elle possible après 28 ans de bamboula?

En promulguant avec solennité la nouvelle loi fondamentale instituant la IVème République, le sultan-général-président-fondateur du Mouvement patriotique du salut (Mps), Idriss Deby Itno, a en même temps, tracé les grands axes autour desquels elle doit s’articuler.

De la lutte contre les détournements des deniers publics à la répression de ses auteurs, en passant par la participation de la jeunesse au processus de développement à travers l’agriculture et l’élevage, le discours ne contenait pas en réalité des innovations attendues.

Ce sont les mêmes projets et les mêmes promesses qui ne se réalisent jamais que l’on retrouve tout le long du discours du chef de l’Etat du 4 mai 2018, jour de la promulgation de la IVème République. «Journée historique qu’on le veuille ou non!», d’après Mme Mariam Mahamat Nour qui d’ailleurs dopée par sa sortie fracassante contre l’épiscopat tchadien, la vice-présidente du présidium du Forum national inclusif a été parachutée ministre secrétaire général du gouvernement pour l’exécution des résolutions de ce forum qui a tout, sauf un caractère inclusif.

D’une administration truffée de faux diplômés à une justice aux ordres du chef de l’Exécutif, revenons sur le discours du président Déby après la promulgation de la nouvelle Constitution.

Si l’on se rappelle des précédents, après chaque prestation de serment, le chef de l’Etat a toujours fait de bonnes promesses et pris des mesures qui sont systématiquement renvoyées aux calendes grecques. La preuve, le quinquennat social et celui du monde rural n’ont rien donné de concret. Aucun bilan n’a été fait et aucune retombée directe ou indirecte n’a été ressentie par le bas peuple.

A Am-Timan, lors de la célébration de la journée de la Liberté et de la démocratie en décembre 2016, Idriss Déby Itno a promis de faire l’audit des différents projets pour voir quels sont leurs impacts et les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre.

Qu’est-ce qui a été fait ? Rien du tout! Et ce n’est pas encore des discours genre copier-coller qui changeront le destin des Tchadiens. Parce qu’en déclarant solennellement que «la kermesse du désordre est terminé » ou encore «je ne protégerai personne », la prévarication va crescendo. Le désordre s’est au contraire amplifié dans l’appareil étatique.

Nous avons tous en mémoire des cas plus flagrants de détournements et des crimes odieux dont les auteurs, appartenant pour la plupart au clan présidentiel, n’ont été nullement inquiétés.

Combien de fois a-t-on assisté à des cas où un directeur ou un conseiller défie un ministre? Combien de fois a-t-on aussi assisté à des cas où des sous-préfets et préfets ont outrepassé les décisions d’un gouverneur, s’ils ne l’ont pas tout simplement humilié devant certains de ses subordonnés?

S’agissant du slogan «je ne protégerai personne », qu’-a-t-il fait des détourneurs des deniers publics? La justice tchadienne dont il est le garant, fonctionne suivant ses ordres. C’est ce qui n’a pas permis aux magistrats de juger Salaye Déby Itno, ex-directeur général des Douanes pour des détournements des recettes douanières ou encore les frères Azène et Chérif Hissein Bourma (l’un est gendre d’Idriss Deby Itno et, l’autre, beau-frère de Hinda Déby Itno). Ces deux individus ont impunément détourné des milliards de f Cfa du Trésor public et de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) pour s’acheter des villas cossues au Canada.

Nous avons aujourd’hui une administration truffée des détenteurs de faux diplômes qui pavanent encore avec leurs faux diplômes dans les bureaux.

Devant ces quelques exemples illustratifs, il est clair que Déby n’a rien fait pour arrêter le pillage à ciel ouvert des ressources de l’Etat pendant 28 ans et ce n’est pas en 10 ou 15 ans qu’il pourra instaurer la rigueur dans la gestion.

En tout cas, tous les Tchadiens savent aujourd’hui qu’Idriss Déby n’est pas un homme qui respecte la parole donnée. Redresser la barre à travers une Constitution liberticide tout en sachant bien que la loi n’a pas d’effets rétroactifs, le chef de l’Etat montre qu’il ne s’engagera pas à combattre les auteurs des détournements de biens publics.

Sachant aussi que les siens et leurs valets se sont déjà vachement enrichis durant 28 ans, le président-sultan pense redresser la barre maintenant sévir contre les pauvres hères pour contenir la grogne sociale. Vraisemblablement, le sultan-général-président à un plan pour sévir contre les syndicalistes incorruptibles et les militants zélés des partis de l’opposition démocratique sachent qu’une épée de Damoclès plane désormais au-dessus d’eux.

Kenzo Brown

Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Infos les plus visités

Directeur : IBANGOLO MAINA Manga Abel

Rédacteur en chef: Masbé NDENGAR

Secrétaire de Rédaction: RENDODJO Emma Klein

Webmaster: Thomas DJIMALDE

Rédaction: Mahamat Ismail YOUSSOUF, Christian ALLAHISSEM, Guillaume DILLAH MBAIHODJILE, Mahamat TOUKA

Tél:

Développeur: Red.One

Suivez-nous sur notre page Facebook

haut