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Le peuple Tchadien à travers la société civile, les partis politiques et les religieux dit non à la modification de la constitution

Depuis l’élection présidentielle d’avril 2016, le Tchad vit une crise de légitimité politique réelle. Autant le pouvoir exécutif est illégitime, autant le pouvoir législatif l’est aussi. Le mandat de la présente législature est arrivé à son terme en juin 2015. Un accord politique intervenu entre les acteurs ont permis de le proroger jusqu’au 21 juin 2017.

L’un des arguments avancés par le pouvoir était la crise économique qui frappait le pays, et qu’il fallait avant tout obtenir les conditions appropriées pour la tenue d’élections libres et transparentes. Contre toute attente, le régime a fait un coup de force pour donner aux députés un mandat illimité « jusqu’à la tenue des futures élections ». Ce faisant il s’octroie la latitude de choisir une date à sa convenance.

De même, tout comme les pouvoirs exécutif et législatif sont illégitimes, les élus locaux eux aussi ont perdu de leur légitimité, car leur mandat qui arrivait à terme en janvier 2018 a été prorogé d’autorité. L’on assiste ainsi globalement à une confiscation de tous les pouvoirs par une classe dirigeante qui a plongé le pays dans un marasme économique sans précédent et instauré l’impunité, la corruption et le clientélisme comme mode de gouvernance.

Les mesures impopulaires ont succédé à des dérives autoritaires, creusant encore plus le fossé entre gouvernants et gouvernés. Comme mû par une soif atavique du pouvoir, et au mépris de la souffrance des Tchadiennes et des Tchadiens qui l’ont littéralement désavoué en avril 2016, le régime compte redorer son blason en entamant des réformes institutionnelles tous azimuts, contre le peuple tchadien.

Les conclusions d’un Forum National en effet exclusif ont montré à suffisance la forfaiture du régime tchadien et de sa volonté à concentrer désormais le pouvoir entre les mains d’un seul individu honni et vomi par ses concitoyens. La mise en œuvre de ce qui est nommé «un régime présidentiel intégral» rime avec la suppression du poste de Premier Ministre, le relèvement de l’âge pour être candidat à l’élection présidentielle, et tant d’autres mesures tendant à mettre les Tchadiennes et les Tchadiens à genou devant le futur empereur Idriss Deby Itno, car celui-ci voudrait passer en force pour faire adopter sa constitution par voie législative, sans égards pour les normes constitutionnelles en la matière.

Devant cette aberration inique, l’ensemble des forces vives tchadiennes ont exprimé leur opposition et ont mis en exergue les urgences de l’heure : la restauration de la confiance et de l’autorité de l’État, le relèvement des défis économiques et financiers découlant d’une gestion sans vision et sans partage des ressources publiques, etc.

Le Clergé catholique dans une déclaration rendue publique s’est insurgé contre cette méthode ne respectant pas les règles de l’art et ont exigé du président de faire passer la modification de la constitution par voie référendaire, car le peuple doit être informé pour se prononcer sur ce qui engage la vie de la Nation.

De ce qui précède, tout en prenant nos responsabilités historiques, et ce conformément à la Constitution qui nous régit encore, les représentants des organisations de la société civile de l’intérieur et de l’extérieur du Tchad, opposition politique, activistes de la diaspora, jeunes, femmes, artistes, cadres et intellectuels, soucieux de préserver la paix, et après concertations:

1. réitèrent leur opposition à un processus de changement constitutionnel par des autorités illégitimes qui tentent de conserver le pouvoir par la force;

2. exigent l’annulation du processus de changement constitutionnel en cours;

3. exigent la tenue d’un dialogue inclusif, devant conduire à une alternance politique, seule gage pour restaurer la confiance avec les forces vives et la communauté internationale;

4. proclament solennellement leur droit et leur devoir de résistance et de désobéissance citoyennes face à toute imposture, à tout acte arbitraire et contre les dispositions constitutionnelles en vigueur ;

5. affirment leur opposition totale à ce régime dont la politique se fonde sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice, la corruption, la concussion, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le confessionnalisme et la confiscation du pouvoir ;

6. lancent un appel citoyen à toutes les forces vives nationales, de l’intérieur et de l’extérieur du pays, de s’associer à la cause du peuple pris en otage depuis bientôt 28 ans, afin de mettre un terme aux pratiques anticonstitutionnelles de ce régime;

7. prennent à témoin la communauté internationale et rendent le régime de Deby responsable de tout ce qui adviendra.

Fait le 24 Avril 2018

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